#1 – Re-confinement: allons en librairie!

1er novembre 2020

Lire La Montagne magique #1 – 1er novembre 2020

Aux premiers jours du confinement au printemps dernier, on avait eu le projet de relire Proust et A la Recherche du temps perdu. Car on allait avoir du temps enfin! On allait avoir du temps, mais en réalité le projet avait été modifié. Certes, on avait bien commencé de relire les premiers volumes de La Recherche, A l’Ombre des jeunes-filles en fleurs et Le Côté de Guermantes, mais la lecture s’était aussitôt transformée en chronique des jours étranges que l’on s’était mise à vivre semaine après semaine dans la maison des quartiers Nord de Marseille et le joli jardin provençal.

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# 22 –Voici venu le temps de l’après. Le temps de l’inventaire

7 juin 2020

Marcel Proust : « Je vous donnerai une explication inconnue non seulement du passé mais de l’avenir. » 

Patrick Boucheron : « L’histoire constitue la science du changement social, l’art de demeurer accueillant à l’inédit et à l’imprévu. »

Après deux mois de vie sans vie et les jours incertains de la vie entre qui ont suivi, voici venu le temps de l’après qui est un lent et progressif retour à la vie d’avant à peu près. Après deux mois de vie sans vie, voici venu le temps de l’après qui ne ressemble pas tout à fait à la vie d’avant. Un après qui a le goût de retrouvailles précieuses et amères, un après qui ne peut être l’avant quand il faut user de tant de précautions et maintenir les distances. Apprendre à voir et à parler avec les yeux, voix étouffée, sans se toucher. 

Un après qui s’engouffre dans la vie d’avant tout en lui résistant.

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# 21 – Le temps de la vie avec, En un peu pire ou Cap au pire ? Et puis Jeanne

14 mai 2020

Lire Proust au temps du coronavirus # 21 – 14 mai 2020

Au cours des deux mois de vie sans vie du confinement, on a vécu sous un printemps radieux d’une exceptionnelle douceur, et cela nous a semblé paradoxal. Le premier jour du temps de la vie avec, le jour où l’on sort à nouveau et comme pour la première fois, il pleut comme il pleut rarement à Marseille. Il pleut sur toute la France, c’est le déluge, un temps d’orage, une tempête.

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# 20 – Voici venu le temps de l’incertitude, le temps entre (5). Ecouter le silence

10 mai 2020

Lire Proust au temps du coronavirus # 20 – 10 mai 2020

Aux premiers jours de la vie sans vie du confinement, on n’avait rien décidé. La seule certitude que l’on avait, c’était l’envie de relire Proust, de retrouver le temps pour relire La recherche du temps perdu. Et cette relecture s’est accompagnée d’un travail d’écriture motivé par la nécessité d’aller au plus près de la crise qui soudain nous a submergée, d’oser s’avancer au front de l’info pour ne pas rester dans l’effroi.

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#19 – Voici venu le temps de l’incertitude, le temps entre (3) Distances et barrières, les corps séparés. Masqués jusque dans le langage

6 mai 2020

Lire Proust au temps du coronavirus #19 – 6 mai 2020

Marcel Proust, Le côté de Guermantes. Lors d’un dîner à la caserne de Doncières où le narrateur séjourne auprès de son ami, Robert de Saint-Loup, la conversation porte sur la stratégie guerrière et sur la médecine, sur le génie de la guerre et le génie de la médecine: « Mais alors, est-ce que le génie du chef n’est rien ? Ne fait-il vraiment qu’appliquer des règles ? Ou bien à science égale, y a -t-il des grands généraux comme il y a de grands chirurgiens qui, les éléments fournis par deux états maladifs étant les mêmes au point de vue matériel, sentent pourtant à un rien, peut-être fait de leur expérience, mais interprété, que dans tel cas ils ont plutôt à faire ceci, dans tel cas plutôt à faire cela, que dans tel cas, il convient plutôt d’opérer, dans tel cas de s’abstenir?  … c’est encore ainsi en art militaire. Dans une situation donnée, il y aura quatre plans qui s’imposent et entre lesquels le général a pu choisir, comme une maladie suivre diverses évolutions auxquelles le médecin doit s’attendre. Et là encore la faiblesse et la grandeur humaine sont des causes nouvelles d’incertitude. »

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# 18 – Un autre temps, le temps entre (3). Proust et la voix au téléphone, lecture

3 mai 2020

Lire Proust au temps du coronavirus # 18 – 3 mai 2020

Au cours du deuxième week-end du temps entre, alors qu’on vient d’écrire un texte à propos de l’importance de la voix en ces temps de dématérialisation extrême, et que l’on continue  la lecture de Proust, on s’arrête à un passage extraordinaire à propos de la voix au téléphone dans Le Côté de Guermantes.  Le narrateur séjourne à la caserne de Doncières auprès de son ami Robert de Saint-Loup qui est apparenté aux Guermantes. Ce séjour donne lieu à des pages étonnantes à propos de l’art de la guerre et des stratégies communes à la guerre et à la médecine auxquelles on reviendra plus tard. Mais pour l’heure, on s’arrête à ces quelques pages que Proust consacre à la voix au téléphone qui donnent lieu à une réflexion à propos de  la voix, de l’absence,  de la séparation et de la mort. Le narrateur appelle sa grand-mère à Paris.

Prolongements…

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# 17 – Un autre temps, le temps entre (2) Ecouter les voix, et celle de Guillaume Gallienne lecteur de Proust

30 avril 2020

Lire Proust au temps du coronavirus #17 – 30 mars 2020

Nous voici désormais dans le temps entre, et pourtant, pour l’instant, rien n’a changé, et on éprouve toujours la même oscillation entre enchantement et tristesse. Le dimanche du premier week-end du temps entre, au réveil, on découvre des photographies où deux petites poucettes amies se retrouvent dans l’immense prairie d’un parc à Bruxelles. Assises l’une à côté de l’autre dans l’herbe verte, elles croquent chacune une pomme plus grande que sa bouche, et on les voit marcher main dans la main. Quoi de plus normal, quoi de plus banal que ces images d’enfance? Et cependant elles nous paraissent extraordinaires comme surgies d’un lieu, d’un temps désormais impossibles. Une heure ou deux plus tard, on reçoit un message nous apprenant que le père de l’aimé est mort dans la nuit. Sa respiration, comme celle de tant d’autres personnes âgées, isolées dans les maisons de retraite, l’a quitté.

Envie de printemps, deuil de printemps. 

Oscillation entre la vie qui enchante et la mort qui nous laisse sans voix. 

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# 16 – Un autre temps ? Le temps entre (1) Voici venu le temps de l’incertitude

26 avril 2020

Lire Proust au temps du coronavirus #16 – 26 avril 2020

Marcel Proust, A l’ombre des jeunes-filles en fleurs : «Puis les concerts finirent, le mauvais temps arriva, mes amies quittèrent Balbec, non pas toutes ensemble, comme les hirondelles, mais dans la même semaine. Albertine s’en alla la première, brusquement, sans qu’aucune de ses amies eût pu comprendre, ni alors, ni plus tard, pourquoi elle était rentrée tout à coup à Paris, où ni travaux, ni distractions ne la rappelaient.»

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# 15 – Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Un étrange pays dans mon pays lui-même. Le monde s’est dédoublé

21 avril 2020

Lire Proust au temps du coronavirus – # 15 – 21 avril 2020

Le dimanche du sixième week-end de vie sans vie, est jour de pluie et de ciel gris. Dès l’aube, on entend les gouttes crépiter dans la cour du jardin provençal qui restera humide et luisante toute la journée ainsi que les jours suivants. Le dimanche du sixième week-end de vie sans vie, la pluie grise nous incite à plus de paresse que les jours de la semaine. Alors on profite de ce moment pour aborder une question difficile.

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# 14 – Proust et le voyage à Balbec (3) Enchantement et désenchantement encore. Le beau bizarre

18 avril 2020

Lire Proust au temps du coronavirus # 14 – 18 avril 2020

Quelques jours après les premiers jours de la vie sans vie du confinement, éveillée au milieu de la nuit, on s’était dit qu’on n’allait pas déjà compter les jours et qu’on ne pourrait pas continuer à compter les morts. Car chaque jour, les morts s’ajoutaient aux morts et aujourd’hui encore, chaque jour, les morts s’additionnent aux morts jusqu’à atteindre des chiffres inouïs. Au fil des jours qui se sont superposés aux jours, on a vécu au rythme de cet insupportable comptage. Et tout à coup, à la veille du sixième week-end de vie sans vie, on se surprend à compter le temps qui reste, ce « temps vain vain qui tombe brutalement à l’envers » comme l’écrivait Hélène Cixous il y a quelques jours. A la veille du sixième week-end de vie sans vie, on commence le comptage à l’envers, le comptage à rebours, car il reste quatre semaines jusqu’à la date annoncée du début de la fin du confinement. Et l’on se dit: quatre semaines pour vivre et profiter de la vie protégée. 

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