Lire tout simplement # 2 – C’est le printemps. Mais quand est-ce qu’on reprend la vie normale? Patrick Bruel et La peau de chagrin de Balzac.

Lire tout simplement # 2 – 21 mars 2021

Dans une vidéo transmise il y a quelques semaines par notre amie journaliste à Bruxelles, on voit Patrick Bruel errer dans les locaux déserts du quotidien Le Soir. Ambiance de crépuscule,  face à la caméra, le chanteur chuchote, l’index posé sur ses lèvres: « On est dans les locaux du journal Le Soir. » Puis il se tourne et glisse son regard vers le fond de la salle et les cloisons de séparation de l’open space de la rédaction qui ressemble à un vaste réfectoire vide. Puis il se met à frapper dans ses mains : « Allez, allez», crie-t-il, « on arrête de déconner, tout le monde sort, arrêtez de vous cacher, là ! », et dans la voix joueuse du chanteur, on entend poindre l’angoisse.

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Lire tout simplement # 1 – Reprise, mais autrement, avec Aaron Appelfeld

23 janvier 2021

Lire… # 1 – 23 janvier 2021

En décembre, peu avant Noël, on avait fini la lecture de La Montagne magique de Thomas Mann et on avait laissé le héros Hans Castorp disparaître dans les brumes et les marais de la Grande Guerre avec au bord des lèvres quelques vers de Der Lindebaum de Schubert. On avait fermé l’épais volume de La Montagne magique qui nous avait accompagnée tout l’automne, on avait écouté le Winterreise, le voyage d’hiver et on s’était préparée pour Noël et le passage de l’an. 

On parlait alors d’une trêve.

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# 8 – Presqu’un an déjà, bientôt Noël. Visage-paysage, Arnaud Desplechin, Sempé et l’écharpe au vent

20 décembre 2020

Lire La Montagne magique #8 – 20 novembre 2020

Fin décembre à Marseille, les jours semblent longs malgré leur brièveté, et on a l’impression que le temps passe et qu’il ne passe pas à l’instar du virus dont on ne parvient pas à se débarrasser et qui est toujours là. Certains matins, le ciel est lumineux, d’un bleu intense, d’autres fois, il est rose ou ennuagé, mais il a beau faire le ciel, cet hiver, l’ambiance est grise et terne, et les lumières de Noël ne réchauffent pas les cœurs. Fin décembre à Marseille, personne n’a le cœur bien joyeux, le virus qui a modifié tous les paramètres de nos vies depuis presque un an, nous serre le cœur et contrarie notre esprit.

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# 7 – Thomas Mann et Gustav Mahler. La musique et la mort, Le Tilleul et l’Adieu

13 décembre 2020

Lire La Montagne magique # 7 – 13 décembre 2020

On l’avait oublié de notre lecture adolescente, un des derniers chapitres de La Montagne magique est consacré à la musique. Tout le monde est parti ou presque dans le monde d’en haut: Joachim Zimssen, le cousin de Hans Castorp, est décédé depuis longtemps après un séjour dans le monde d’en bas où il a endossé ses habits militaires; Clavdia Chauchat, la jeune-femme russe aux pommettes hautes et aux yeux bridés, est revenue au sanatorium après une longue absence, compagne à présent du détonant Mynherr Peeperkorn – un hollandais qui a fait fortune dans les plantations de café à Java, un personnage à «l’allure plébéienne et ouvrière» mais aussi «un buste sculpté pour l’éternité», écrit Thomas Mann. Tout le monde ou presque est parti, et après quelques chapitres, Mynheer Peeperkorn meurt lui aussi de ses abus débordants de vie. Clavdia Chauchat disparaît à sa suite, et Hans Castorp sombre alors dans une morosité que vient rompre l’acquisition par le Dr Behrens, d’un phonographe de la dernière génération. Hans se trouve alors une nouvelle passion, musicale cette fois. II écoute Aïda de Verdi et Carmen de Bizet. Et de Schubert, il écoute der LindebaumLe Tilleul, cinquième lied du Voyage d’hiver. Un appel à la mort ou l’appel de la mort : nuit profonde, obscurité, le feuillage du tilleul appelle celui qui passe à ses côtés : « Viens près de moi, …Ici tu trouveras ton repos.»

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# 6 – La fosse analytique, Thomas Mann et Freud. Bientôt Noël ? La neige française

6 décembre 2020

Lire La Montagne magique – # 6 – 6 décembre 2020

«Connaissez-vous cet état où l’on rêve, en sachant qu’on est en train de rêver, et où l’on tente de se réveiller sans y parvenir ?» demande Hans Castorp à Settembrini au début du roman.

C’est lors de la séance de radiographie dans le laboratoire du sous-sol du sanatorium que Hans prend conscience de son être-pour-la-mort : « Il vit l’intérieur de sa propre tombe, il vit l’œuvre future de la putréfaction (…) ; la chair qu’il habitait, il la vit décomposée, annihilée, évaporée en une vaine nébuleuse.» Et la  scène étrange de la vision de l’intérieur du corps s’achève par cette phrase : « La fosse analytique qu’il avait vue béante, s’était refermée.» De la « fosse analytique », il est bien souvent question dans La Montagne magique, et le roman est à la fois proche et distant de la pensée psychanalytique. C’est peut-être une des raisons (inconscientes) de l’intérêt éprouvé pour ce roman au temps de l’adolescence. 

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# 5 – On nous a volé notre vie. On nous a coupé les bras et les jambes. Radiographie de la main. Pascale Seys et Saint-Exupéry

29 novembre 2020

Lire La Montagne magique # 5 – 29 novembre 2020

L’été est fini dans le monde d’en haut, c’est bientôt l’automne et le mois d’octobre approche. Hermine Kleefeld, une jeune pensionnaire qui n’a plus qu’un demi-poumon, fait cette remarque désabusée : « Bon, l’été est passé – enfin s’il a existé  On nous l’a volé, comme d’une façon générale on nous a volé notre vie, au total.» « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020, le sacrifice est terrible », avait dit le Président de la France dans son allocution du 14 octobre annonçant le re-confinement de l’automne. L’été est passé, l’été est loin, et ils sont nombreux les jeunes à penser qu’on leur a volé leur vie.

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# 4 – Gestes et répétitions. Un monde en suspens, une vie au ralenti. Cynthia Fleury, Gus Van Sant et Gucci.

22 novembre 2020

Lire La Montagne magique # 4 – 22 novembre 2020

L’écrivain allemand Léon Feuchtwanger contemporain de Thomas Mann à propos de son exil méditerranéen de sept années à Sanary-sur-Mer sur la côte varoise de 1933 à 1940: « Lorsque je montais au sommet de la petite colline, vers ma maison blanche et ensoleillée, que je retrouvais mon jardin et sa paix profonde, […] alors toutes les fibres de mon être me disaient : c’est ici que tu es chez toi, cet univers est le tien[1]. » 

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# 3 – Première journée de Hans Castorp dans le monde d’en haut, « Tous-les-deux », hommage à un clown et à ses ascensions du Mont Covid

15 novembre 2020

Lire La Montagne magique #3 – 15 novembre 2020

Thomas Mann, La Montagne magique, le premier matin de Hans Castorp au Berghof :  « Le matin était frais et nuageux. Immobiles des nappes de brouillard s’étendaient à flanc de coteau, tandis que des nuages massifs, blancs et gris, restaient accrochés aux montagnes plus lointaines. Des trouées et des zébrures de ciel bleu étaient visibles par endroits et, quand le soleil perçait subitement, le bourg avait un scintillement blanc au fond de la vallée qui tranchait sur les sombres épicéas des versants (…) En contrebas serpentait le chemin en lacets par lequel il était arrivé la veille. Des gentianes étoilées, à tige courte, poussaient dans l’herbe humide du talus. Un jardin clôturé occupait une partie de l’esplanade avec des allées en gravier, des plates-bandes et une grotte artificielle au pied d’un imposant sapin argenté (…)

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#2 – La Grande Vague d’Hokusai et les montagnes magiques. Un jour sans fin, avec Dominique A

8 novembre 2020

Lire La Montagne magique #2 – 8 novembre 2020

On le savait, mais on ne voulait pas se l’avouer. On le pressentait, mais on se refusait à le reconnaître : la vague arrivait, la vague était là, à nouveau. Il y a quelque temps, on avait fait un rêve avec une gigantesque vague qui menaçait de tout emporter et qui dans son reflux avait laissé le petit peuple de la plage hébété sur le sable. Les surfeurs et les baigneurs n’avaient pu résister à la vague, ils avaient été emportés, mais après son passage, ils étaient vivants. Sidérés mais vivants.

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#1 – Re-confinement: allons en librairie!

1er novembre 2020

Lire La Montagne magique #1 – 1er novembre 2020

Aux premiers jours du confinement au printemps dernier, on avait eu le projet de relire Proust et A la Recherche du temps perdu. Car on allait avoir du temps enfin! On allait avoir du temps, mais en réalité le projet avait été modifié. Certes, on avait bien commencé de relire les premiers volumes de La Recherche, A l’Ombre des jeunes-filles en fleurs et Le Côté de Guermantes, mais la lecture s’était aussitôt transformée en chronique des jours étranges que l’on s’était mise à vivre semaine après semaine dans la maison des quartiers Nord de Marseille et le joli jardin provençal.

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